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Luck Mervil au Botswana

« Ayons suffisamment de respect pour notre vie et la vie des autres pour nous protéger. »
Par : Nadia Berger, Agente de Communication pour Uniterra, Université du Botswana (Gaborone)

« Apprenez à aimer votre vie et à aimer la vie des autres autour de vous. Ayez suffisamment de respect pour votre vie et la vie des autres pour vous protéger. » Tel est le message qu’a livré Luck Mervil au cours de sa mission d’une semaine au Botswana. Du 6 au 13 mars 2010, le porte-parole du CECI et du programme Uniterra a rencontré les volontaires canadiens présents au Botswana et visité différents organismes partenaires d’Uniterra. Il a chanté avec des enfants atteints du VIH à la clinique Baylor, a parlé de relations avec les adolescents de Stepping Stones International et avec les étudiants de l’Université du Botswana et a des orphelins du sida. Bref, il a été en mesure de constater l’énorme travail fait par les organisations sur le terrain et l’apport des volontaires canadiens ainsi que les défis qui doivent encore être surmontés.

Selon le Botswana AIDS Impact Survey (BAIS III), le pourcentage de personnes vivant avec le VIH et le sida est de 17,6%. Il s’agit du deuxième plus haut taux de prévalence au monde selon les Nations Unies. Alors, si le Botswana a une des meilleures stratégies pour lutter contre le VIH et le sida, pourquoi les chiffres ne diminuent-ils pas?

Ce qui est vécu tous les jours sur le terrain et que Luck Mervil a été en mesure de constater, c’est qu’il y a un énorme problème au niveau des mentalités. Or c’est également à ce niveau que se situe la solution pour contrer la pandémie dans le pays. « Le travail de surface, le travail d’information est fait, les messages sont envoyés, mais les chiffres continuent d’augmenter. Donc on essaie de comprendre pourquoi et on se rend compte qu’au niveau culturel il y a beaucoup de tabous », dit Luck Mervil.

Certaines mœurs bien ancrées dans les habitudes de la population continuent de favoriser la propagation du virus. À ce titre, les femmes, qui sont particulièrement affectées avec un taux de prévalence qui frôle les 50% pour le groupe des 30-34 ans, ont un rôle important à jouer, entre autres en apprenant à faire valoir leurs droits au niveau sexuel. Par exemple, il est fréquent de voir que les femmes n’osent pas parler ou poser des questions à leur partenaire en cas de doute sur une relation extraconjugale. Cela leur porte particulièrement préjudice dans la mesure où l’impopularité du port du condom favorise la propagation des maladies. « Les femmes devront trouver le moyen de faire face à la situation et de demander à leur conjoint s’il a plusieurs partenaires. C’est leur vie qu’elles risquent. Elles doivent apprendre à aimer leur vie suffisamment pour prendre le risque de demander », dit Luck Mervil.

Ce phénomène est encore plus flagrant chez les jeunes, une génération pourtant née à l’ère du VIH et qui a perdu des parents, des frères, des sœurs, des enseignants, bref des modèles importants. Cette jeune génération a été qualifiée au Botswana de Window of Hope, fenêtre de l’espoir. Luck Mervil a eu l’occasion de rencontrer des jeunes orphelins du VIH à l’organisation Stepping Stones International, de voir performer et d’échanger avec les membres de la troupe de théâtre de YOHO et de rencontrer plusieurs étudiants de l’Université du Botswana. À tous, il n’a cessé de répéter l’importance de croire en eux, de se lever et de changer eux-mêmes les choses. « Apprenez à aimer votre vie et à vous protéger. Ayez suffisamment de respect pour votre vie et la vie des autres pour vous protéger », dit Luck qui a encouragé les jeunes à répandre eux-mêmes ce message. « J’ai constaté que les botswanais sont un peuple très passif, mais on ne peut pas rester passif devant une telle situation. Ils doivent cesser de croire que ça fait partie de leur culture. La culture est là pour aider les gens, mais quand la culture tue votre peuple, il faut la changer. » Force est de constater qu’un changement en profondeur ne se fera pas du jour au lendemain et que d’avoir identifié une des grandes sources du problème n’est que le début du processus de changement.

Au Canada, la propagation du VIH ne se fait pas pour les mêmes raisons qu’au Botswana. Mais les conséquences sont les même et c’est une volonté collective de mettre un terme à la pandémie qui est requise pour modifier les habitudes qui contribuent à répandre le virus. Luck Mervil a remarqué au cours de son séjour que les besoins au Botswana sont grands et que plusieurs des organisations de prévention du VIH et du sida sont tenues à bout de bras par une poignée de gens qui peinent à suffire à la tâche : « Il y a encore beaucoup à faire. Le Botswana est un pays qui va bien économiquement, mais nous devons continuer à envoyer des volontaires qui vont aider, spécialement au niveau logistique. Ils ont vraiment besoin de logistique. » L’échange d’expertise entre volontaires canadiens et organisations botswanaises actives au niveau de la prévention du VIH et du sida contribue à stimuler positivement le changement et à renforcer le pouvoir d’action des organisations et des gens qui veulent arrêter la pandémie. L’aide canadienne est un maillon important de cette chaîne de solidarité et l’expérience acquise à l’étranger par ces canadiens et canadiennes servira, au retour, à améliorer la situation au Canada. Luck Mervil est dorénavant de ceux-là.

Photo Nadia Berger et Luck Mervil