Au Vietnam - Benoît Trudel
Les défis de la commercialisation du bambouPar Benoît Trudel
Benoît Trudel a terminé son mandat au Vietnam dans le secteur de l’agriculture et du développement rural. Il nous raconte les défis de travailler en marketing et entrepreneurship, lorsqu’on ne connaît que très peu la culture et les façons de faire locales. Une expérience tellement enrichissante qu’il a accepté un autre mandat de volontaire Uniterra au Népal en 2006.
J’ai occupé le poste de Conseiller en marketing et à l’entreprenariat au Vietnam de mars 2005 à avril 2006 pour appuyer des coopératives agricoles. Celles-ci bénéficiaient déjà du support d’un projet appelé ILMC (Improved Livelihoods for Mountainous Communities). J’arrivais au début de la dernière année de ce projet de cinq ans. Mon mandat consistait à supporter 10 coopératives agricoles dans l’organisation des ventes et du marketing. Mon arrivée au pays a commencé par deux semaines d’orientation et de cours de langue à Hanoi. J’étais content de cette opportunité d’arriver en douceur, me donnant la chance de m’intégrer au pays graduellement. En revanche, j’avais aussi hâte de me rendre en compagne dans la province de Thanh Hoa où je devais travailler et finalement savoir ce que j’étais venu faire ici.
Au début, je me sentais plus comme une éponge car je ne connaissais rien du pays, de l’historique de ces coopératives, de l’agriculture et même du marketing en ce pays étranger. J’étais chanceux d’avoir des collègues qui pouvaient faire une bonne partie du travail tout en me donnant la chance de m’intégrer progressivement.
Mon premier baptême a été lorsque j’ai eu à donner une formation sur la planification financière pour que les coopératives puissent la présenter en assemblée aux membres. La formation s’est très bien déroulée, et j’étais content. Je sentais que contrairement à mes anciens emplois, cette fois-ci j’avais réussi à m’intégrer petit à petit en développant graduellement mes compétences, ma compréhension et mon habilité d’intervention.
Mon deuxième défi fut de réaliser une analyse de coûts pour la transformation du bambou. Sept de nos 10 coopératives cultivaient et vendaient le bambou localement à faible prix et n’arrivaient pas à générer suffisamment de profit. Les autres travaillaient dans l’élevage du bœuf.Le projet, les coopératives ainsi que les bailleurs de fonds comptaient tous sur l’implantation de la transformation du bambou afin de « créer une valeur ajoutée ». Mon défi était donc de trouver quelle transformation serait faisable et profitable pour nos coopératives. Après avoir échoué dans la mise en marché de bambou transformé pour une compagnie fabriquant des planchers de bois, j’ai organisé un « study tour » afin de voir ce qui se faisait d’autre avec le bambou: paniers de bambou, tapis de billes de bambou pour dormir, produits d’artisanat, pains, etc. Une fois les possibilités identifiées, j’ai sollicité l’aide d’un consultant externe pour une étude de marché sur la transformation de bambou en baguette (pour manger) et pour le tapis de billes. Il ne restait que quelques mois avant la fin du projet, et c’était maintenant évident que nous ne pourrions pas implanter de transformation. Mais au moins, je voulais être en mesure d’identifier les opportunités. L’étude a révélé que la production de baguette serait la plus simple, profitable et faisable pour les coopératives.
Les défis de mon travail dès le début étaient assez importants car il fallait des résultats, des ventes, pour les coopératives. Pour le bambou, nous ne savions toujours pas dans quelle voie diriger les coopérative ni quelles étaient les opportunités qui pourraient être viables et profitables. En fin de projet, c’était un peu insécurisant de chercher encore. Les coopératives avaient peu d’expérience et dépendaient largement de l’appui du projet autant au niveau technique (production, ventes et marketing) que financier.

J’ai adoré mon travail et j’ai encore une fois pu voir quelles étaient mes forces ainsi que mes faiblesses. Il faut être réaliste dans le domaine du développement international. Nous avons terminé le projet sans savoir si les coopératives de bambou implanteront la transformation ou encore si le nouveau modèle d’élevage de bétail portera fruit et sera adopté par les fermiers. Mes capacités étaient aussi limitées ainsi que celles de mes partenaires et bénéficiaires, et le défi était de composer avec tout ça et faire le mieux possible. Une chose est certaine – j’ai appris énormément autant au niveaux personnel que professionnel. J’ai trouvé ma vocation en développement international et je compte y rester pour encore plusieurs années.




